Mercredi 24 octobre 2007
L-enfant-du-bl--.jpgART SUD N° 54 - 3ème Trimestre 2006

C’est de Paris où il vit en exil, que l’auteur adresse à sa famille et plus particulièrement à ses parents disparus, ce témoignage poignant. L’enfance de cet homme fut sacrifiée par un père, qui n’eut de cesse de maudire et de malmener les siens au nom d’un Dieu dont son ignorance lui avait fait détourner le message, au point de devenir esclave de sa foi. C’est pour cette raison entre autres, qu’a dix-neuf ans, l’auteur rejoint les moudjahidin du peuple de Massoud Radjavi. Il luttera contre les mollahs de Khomeiny, le guide de la révolution islamique qui va instaurer en Iran une dictature impitoyable, qui fera un nombre important de morts, notamment au sein de la jeunesse Irannienne. Elle qui croyait avoir enfin accéder à la liberté après la fuite du Sha et qui n’aura d’autre choix que de se plier aux règles archaïques du pouvoir religieux ou prendre les armes. C’est ce que fait Raphaêl Djavani (né Karim). Devenu un rebelle, il finit par perdre son identité à force d’en user de multiples pour échapper aux militaires qui le recherchent. Missions, trahisons, famille menacée et exils se succèdent au cœur d’un monde clandestin où règne une violence aveugle. Iran, Kurdistan, Irak, France… sa fuite éperdue le mène à se poser maintes questions et le doute s’installe : Jusqu’où devra-t-il payer le prix du sang ? L’enfant du blé est un livre superbe car hônnète, objectif et sans concession. Bien plus que le récit de son parcours initiatique et le portrait d’un pays livré au totalitarisme, c’est le témoignage émouvant d’un homme en quête d’amour pour lui et les siens, pour son pays… une souffrance que l’on sent à jamais gravée dans sa chair et qui mouille nos yeux parce que nous lui sommes redevable de ce témoignage, véritable hymne en faveur de la liberté.
290 pages - Flammarion - 18 euros - JCDR
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 24 octobre 2007
Combat-de-chiens.jpgART SUD N° 53 - 2ème Trimestre 2006

Madrid 1962. Franco, après un accident, réalise qu’il doit assurer sa succession. N’accordant aucune confiance aux membres de la famille royale ni en aucun de ses proches, il décide d’abattre sa carte secrète. Il connaît l’existence d’un fils caché, mais légitime, de l’ex-roi Alphonse XIII. Mais ce prince, Felipe Heredero, qui lui-même ignore ses origines, acceptera-t-il de devenir un fantoche au service du régime. Le “généralissime” charge le général Pozzo de s’en assurer avec l’ordre d’éliminer l’héritier si ce dernier refusait. Pozzo confie cette mission à son âme damnée le Capitaine Tutusaus, un assassin impitoyable, expert en poison, qui entretien un cimetière secret où il collectionne ses victimes et mène une lutte sans merci contre une meute de chiens sauvages qui tentent de les déterrer. Lluis-Anton Baulenas nous propose là un roman noir saisissant, une plongée vertigineuse dans un univers ubuesque où les arcanes qui mènent au pouvoir sentent la peur et la mort, où les trahisons, les luttes intestines, révèlent dans toute leur horreur la métaphore sinistre d’un pays écrasé sous le talon d’une dictature sanglante. Chaque page tournée plonge le lecteur toujours plus loin dans l’inommable et, c’est tout le talent de l’auteur, qui capture le lecteur et l’oblige à ouvrir les yeux sur l’une des périodes la plus sombre de l’histoire d’Espagne. Un petit bijou ou fiction et histoire se mèlent avec virtuosité.
Traduit du Catalan par Cathy Ytak - 410 pages - Flammarion - 21 euros -  JCDR
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 24 octobre 2007
Nuit-turque.jpgART SUD N° 53 - 2ème Trimestre 2006

Avec ce récit aux allures de conte, Philippe Videlier nous entraîne à sa suite au travers d’un magistral cour d’histoire, jusqu’aux méandres effrayants où prirent naissance les heures les plus sombres de la Turquie. Plonger au cœur de cette saga dont le Sultan Abdul Hamid à écrit en lettres de sang les pages les plus noires, c’est se noyer dans un cauchemar sans nom. Terreur sur l’Anatolie, sur la Corne d’or, sur un peuple en souffrance et sur les arméniens avant tout, victimes des fanatiques aux ordres du tyran. Des comités secrets se forment, les exilés politiques essaient de faire réagir l’opinion publique occidentale, pour qui le sultan est un personnage de roman (dont Gaston Leroux à fait l’adversaire de son “Roultabille”) et qui malgré les réactions de grands hommes, tel Jaurès, ne se soucie que très peu de ce qui se passe en Turquie. Les militaires de Salonique organisent la révolution, mais l’entreprise tourne mal, guerre dans les Balkans, terreur sur l’empire Ottoman. En 1915 l’ordre d’anéantissement des Arméniens est donné au nom du turquisme, l’idée de la race, du sol et du sang, du socle éthnique… L’historien ne nous épargne rien des scènes insoutenables du massacre, étayant son récit de témoignages éprouvants. Ce livre rend justice aux Arméniens dont le drame longtemps caché prend ici toute sa dimension historique, celle d’un génocide que les hommes d’aujourd’hui se doivent de ne jamais oublier. Un ouvrage indispensable pour qui veut comprendre les mécanismes et les aberrations qui ont conduit un peuple, aujourd’hui encore, à se battre pour que son drame éclate au grand jour, malgré que la Turquie nie l’évidence : l’existence de ce qui fut l’un des premiers génocides du XXème siècle.
140 pages - Gallimard - 11 euros - JCDR
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 24 octobre 2007
Un-priv------Marseille.jpg ART SUD N° 53 - 2ème Trimestre 2006

La littérature Marseillaise compte un nouveau privé dans ses rangs. Caïn Lanferti est comme tout bon privé qui se respecte, il boit des quantités astronomiques d’alcool, possède un bureau aux allures de capharnaüm qui lui sert aussi de chambre et porte sur le monde le regard désabusé (pour ne pas dire méprisant) de celui qui en a trop connu pour encore se faire des illusions sur son avenir ou celui de son prochain. Comme il le dit lui-même : “le monde repose sur la trahison, sur l’orgasme, sur le pouvoir. Et moi je ne suis pas si différent des autres.” Bien qu’il est une “régulière”, une étudiante de vingt ans sa cadette, il la trompe avec Rebecca une actrice porno de 46 ans, se “farcit” volontier ses clientes ou accessoirement des prostitués défraichies qu’il ramasse dans les endroits glauques où le mènent ses tribulations. Dans ce polar, toutes les femmes qui gravitent autour de Caïn sont pour la plupart des nymphomanes qui ne pensent qu’a lui sauter dessus, ce qui n’arrange en rien la mysoginie de notre héros. L’histoire se passe dans la cité Phocéenne en 1974 (date de naissance de l’auteur) et notre privé est plongé dans une enquête pour le moins complexe ou se mêlent trafic de drogue, meurtre, maffia italienne, marseillaise et américaine, le tout raconté sans temps morts dans une ambiance sombre et violente, pleine de rebondissements. Ici il faut préciser que contrairement à la plupart des Détectives privés qui peupleent les polars, Caïn Lanferti n’a aucune conscience, il défouraille sans hésitations sur tout ce qui bouge, relégant l’Inspecteur Harry au rang de séminariste, c’est un violent (limite blaireau) qui pratique la vendetta et tue avec une nonchalance toute romanesque ! Les éditions transbordeurs inaugurent leur collection “Giallo Polar“ avec un auteur italien qui ne donne pas dans la nuance. Un livre noir dans un univers caricatural à souhait, les amateurs du genre vont adorer !
Traduit de l’italien par Claude Galli - 195 pages - Transbordeurs - 15 euros -  JCDR
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 17 octobre 2007
Le-po--te-secret-copie-1.jpgART SUD N° 52 - 1er trimestre 2006

Mario Rigoni Stern est un des plus grands écrivains italiens contemporains, mais c’est avant tout un survivant, un survivant de la folie guerrière qui embrassa le début du vingtième siècle. Il a connu la retraite de Russie des chasseurs alpins italiens en janvier 1943, participé aux campagnes de France et d’Albanie de Mussolini. Il a Subi le terrible enfermement dans le camps I/B à Hoheinstein en Pologne où il survécu dans les conditions épouvantables au froid, à la faim, à la maladie, aux travaux forcé. L’essentielle de son œuvre relate ses expériences terribles et comme il l’écrit ici, où il fait siens les mots de son ami Primo Levi  :  “Vous qui vivez en toute quiétude. Bien au chaud dans vos maison. Vous qui trouvez le soir en rentrant, la table mise et des visages amis… n’oubliez pas que cela fut…”. Ce receuil de récit publié en Italie en 2004 et que les Editions La Fosse aux Ours permettent aujourd’hui aux lecteurs français de découvrir, est une parfaite introduction à l’œuvre de cet écrivain à l’inspiration vaste et variée, nourrie par une mémoire exceptionnelle qui s’exprime au travers d’une grande sensibilité. Le Poète Secret déroule sous nos yeux le rapport lucide, pudique mais riche d’affectivité que Mario Rigoni Stern entretien avec son expérience militaire. Qu’il nous parle des hommes, de lui même, de sa montagne natale ou des animaux qui la peuples, ses évocations sont toujours d’une précision et d’un réalisme saisissant. Ce livre est rempli de pépites merveilleuses, comme cette lettre que Mario Rigoni Stern écrivit à Primo Levi après le suicide de ce dernier, ou encore cet au revoir à Nuto Rivelli, écrivain, héros de la résistance, qui prit part à la campagne de Russie dans la même division que lui. Et puis il y a ces pauses qui affleurent au miroir mouvant du temps, voyages nostalgiques au fond d’un grenier, sur un chemin d’automne ou devant un objet du passé, comme autant de joyaux gorgés d’émotions et de beauté.
Traduit de l’Italien par Marie-Hélène Angelini - 155 pages - 16,50 euros - La fosse aux ours.  J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 17 octobre 2007
Le-retour.jpgART SUD N° 52 - 1er trimestre 2006

Afin de tenir la promesse qu’il avait faite d’assister au mariage d’un neveu qu’il n’a jamais vu, Nestor Andrès Fabri retourne dans son pays natal, l’Argentine, trente ans après l’avoir quitté. Outre le fait qu’il est contrarié de devoir abandonner, pour quelques temps, sa petite vie bien réglée d’antiquaire à Rome, il doit, entre autre, affronter un long voyage et des contraintes auxquelles il n’était plus habitué. Les retrouvailles avec une patrie qui n’est plus vraiment la sienne et dont il ne lui reste que des bribes de paysages et les vagues réminiscences d’une jeunesse enfuie, ne sont pas de tout repos, puisque l’histoire bascule peu à peu dans le fantastique le plus sombre (pour ne pas dire d’outre tombe). Voyage au confins fantomatiques du souvenir, celui de ses amis disparus, pour certains dans les geoles de la police d’une dictature autrefois effroyable, celui aussi de lieux étranges qui se superposent comme autant de portes qui donnent sur de nouveaux cauchemards, jusqu’au Luna-Park final qui retient pour toujours innocents et coupables. Tout est là. Une nouvelle qui voudrait nous parler, au travers de son principal protagoniste, des années sombres de l’histoire d’Argentine mais qui ne prend pas le temps de le faire et laisse un goût d’inachevé, car c’était ce qui semblait le plus intéressant à la lecture de la quatrième de couverture.
Traduit de l’Espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco. 80 pages. 12 euros - Actes Sud  J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 17 octobre 2007
La-saga-du-prado.jpgART SUD N° 52 - 1er trimestre 2006

Marseille est une ville qui, entre le 18éme et le 20ème siècle a connu un développement urbain phénoménale, bien que maîtrisé, et une démographie galopante, puisque, par exemple, le chiffre de 90.000 habitants au lendemain de l’empire, dépassa les 190.000 en 1848. Modernisation donc, notemment des voies d’accès et de circulation intra-muros, prospérité également, puisque de nombreuses industries s’installèrent dans la citée phocéenne attirées, entre autres, par des installations portuaires sans cesse améliorées, ce qui favorise le développement du commerce avec l’Afrique du nord. Marseille devenue prospère, en ce premier tiers du 19ème siècle, avait tout pour occuper un rang digne de la deuxième ville de France ou presque… car malgrè ses larges boulevards, elle ne possède pas d’avenue monumentale comparable aux Champs-Elysée de Paris, à Hyde Park à Londre, au Prater de Vienne, Aux Cassines de Florence… C’est le journal le Sémaphore qui lèvera le lièvre et dès lors le sujet va passionner les Marseillais. Il faut que la ville est une voie prestigieuse, ce sera Le Prado, les Champs-Elysée de la Méditerranée. De tous les hommes à l’origine du projet, un seul tiendra bon après un premier echec qui découragea ses partenaires, Anthelme Bernex, qui consacra quinze ans de sa vie à cette avenue singulière. Voilà l’histoire que nous raconte Constant Vautravers, un des doyens du journalisme français, et plus encore, car c’est bien l’histoire urbaine, mais aussi humaine de cette ville à nulle autre pareille dont nous régale un auteur qui à publié plus de vingt ouvrages consacrés à l’histoire de la Provence. Un livre d’histoire, l’histoire d’une cité exubérante et versatile, généreuse et cruelle, belle jusque dans ses stigmates, à l’image des hommes passionnés qui lui ont donné une âme éternelle, qui brûle à jamais en chacun de ses enfants.
190 pages - 25 euros - Actes Sud.  J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 17 octobre 2007
La-voyageuse.jpgART SUD N° 52 - 1er trimestre 2006

Voila l’histoire douce amère de deux jeunes femmes qui ont quitté Cuba pour vivre à Sao Paulo jusqu’au jour où la vie qui avait réuni leurs chemins, les sépara afin qu’elles accomplissent leur destiné. Circé part dans le monde, recherchant un lieu, ou plutot une ville en accord avec ses aspirations, qui pour elle même restent assez floues ! Lucía, plus terre à terre, pour ne pas dire matérialiste,se marie avec un homme d’affaire italien et s’installe à Rome. Après des années de correspondance épisodique, Circé réapparait et pose son sac chez  Lucía  en compagnie de son petit garçon et d’un bonzaï. Dès le premier soir, Circée lui confie un manuscrit autobiographique dans lequelle Lucía s’immerge. Elle découvre toute la vulnérabilité de son amie et, paradoxalement, le charisme irrésistible qui émane de cette femme envoûtante dont la seule présence révolutionne la vie des autres. Lucia se découvre également au travers des mots de son amie, ce qui provoque entre elles des conversations d’où naîtront des situations cocasses ou touchantes. Malgré une certaine lourdeur, notemment dans le long déroulement du carnet de bord de Circé qui, s’il porte souvent un regard lucide sur les sociétés et les mentalités européennes, parfois ronronne comme un gros chat paresseux. Ce livre est plein d’une musique loin dêtre envoûtante mais qui n’en demeure pas moins agréable bien qu’elle soit plus proche du Fado que de la Samba à laquelle l’écriture directe et ironique de Kala Suárez voudrait nous faire croire.
Traduit de l’Espagnol (Cuba) par Claude Bleton. 356 pages - 21 euros - Métaillé.  J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 17 octobre 2007
ART SUD N° 52 - 1er trimestre 2006

En 2004, Michel Maisonneuve nous avez entrainé dans un grand roman d’aventure antique “Le périple d’Arios” et l’on avait pu se rendre compte du talent d’un auteur minutieux, attaché à ancrer son roman dans une réalité historique avec toute la rigueur que cela implique. Aujourd’hui avec “Le chien tchéchène”, il prend ses lecteurs à contre pieds. Ce polar fortement ancré dans la réalité Marseillaise des banlieues et du brassage multi-culturelles de la grande citée Fosséenne, nous plonge au sein d’un imbroglio politico-criminel soupoudré d’un nuage de folklore urbain, avec une bonne dose d’humour et il faut bien l’avouer, ça fonctionne pas mal. Tous les ingrédients nécessaires à une bonne dégustation sont là : Une vieille dame est assassinée. Deux de ses voisins, un Grec qui vie avec les cendres de sa défunte femme sur la table de son salon, un jeune arabe qui enseigne l’histoire des mathématique, sont persuadé qu’elle n’a pas été victime de voyoux venus pout la voler et qu’il y a quelque chose d’autre derrière cette mort. Un ancien truant Corse, qui vit comme un indien dans un tipie sur le toit d’un immeuble, décide de se mettre dans la partie ainsi que des agents secrets russes, une infirmière séduisante, un soldat tchéchène, un journaliste alcoolo, une bobo insuportable, égérie de la spa locale… et tout celà pour Hassan le beagle de la vieille dame qui détient la solution de cette histoire. Un livre qui pétille, peuplé de personnages folkloriques, inattendus et originaux, servi par un humour à la Alphonse Boudard et une intrigue pour le moins originale. 180 pages - 15 euros - Gaïa.  J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Mercredi 17 octobre 2007
Cent-femmes.jpgART SUD N° 52 - 1er trimestre 2006

Les femmes… vaste sujet dont on a pas fini de faire le tour, et dont on se demande parfois, en voyant le nombre de livres qui lui ont été consacrés, si il ne vaut mieux pas arrêter d’en parler pour en préserver tout le mystère. Gérard Nolane, lui, a décidé que non, d’autant plus que sa démarche est plus intimiste que nombre d’ouvrages qui prennent vite l’allure de thèses ennuyeuses. Une raison à cela, de quoi parle-t-il ici ? Des femmes de sa vie, où plutôt de celles qui ont laissés une empreinte plus ou moins profonde dans ce qu’il appelle sa galerie de spectres. Des femmes non pas dans toute leur splendeur, ce serait un raccourci un peu trop facile, mais plutôt dans toute leur complexité. Qu’elles soit belles où laides, grosses où élancées, mères de famille où veuves, sages ou Mésalines, passantes inconnues ou amies, chacune est un îlot à découvrir sur la mer uniforme d’un quotidien de contraintes. Il a partagé avec elles, sinon leur intimidé du moins des instants privilégiés où les masques tombent et les fêlures apparaissent. Chacune d’elles est décrite avec talent, car au delà de l’apparence physique l’auteur s’est attaché à leur laisser un large champs d’expression où beaucoup de femmes se retrouveront. Bien sur, il intellectualise parfois un peu trop ses analyses avec des citations de philosophes ou d’écrivains, mais surtout il ne faut pas oublier que le lecteur découvre ces femmes au travers de l’analyse d’un hommes qui les aime trop pour pouvoir garder une objectivité totale. Il leur invente des destins, soigne leurs blessures, désire leurs corps, parfois leur amour, dans un jeux de cache-cache émotionnel comme pour mieux conforter l’impression première qu’il a d’elles afin de se construire des souvenirs qui viendront alimenter son imaginaire.
“Cent femmes” annonce la couverture, évidemment le subtile jeux de mot ne peut échapper à personne et rien n’est plus juste, car au travers de la quête qui l’anime, Gérald Nolane apparaît désespérèrent seul, sans femme en fait, sans celle, Liza, qui compte vraiment et dont paradoxalement il ne nous dévoile que par petite bribes touchantes, la présence obsédante qui affleure sur la trame de ce récit autobiographique. 270 pages - 18 euros - Transbordeurs. J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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