ART-SUD N° 51 - 4ème
trimestre 2005
Que l’on soit d’Arles, de Marseille, de St Tropez, de Manosque… chacun de nous possède sa Provence propre, et qui, mieux que Pierre Magnan, peut nous parler de celle
des Alpes de Hautes Provence, tant son œuvre littéraire est ancrée dans le tissus même de cette région austère et pourtant si riche d’un patrimoine plus populaire qu’historique. C’est d’un pays
peuplé de personnages hauts en couleurs, de paysages grandiloquents et mystérieux, de villages où traînent encore les relents d’anciennes histoires d’amour et de mort, dont il s’agit ici, sans
oublier les traditions ancestrales, avec leurs rituels et leurs mots qui ressucitent sur la trame nostalgique de ce beau récit. La Provence de Magnan c’est celle de Giono, celle de “Regain”,
celle du “Grand Troupeau” où du “Moulin de Pologne”, des fermes autrefois prospères qui aujourd’hui versent des larmes de pierres et vomissent des flots de ronces par leurs fenêtres béantes. Au
premier abord on pourrait penser que l’auteur délaisse son “théâtre d’ombres” habituel pour se faire le guide passionné d’un pays magnifique, il n’en est rien, ce livre se lit comme un complément
aux deux tomes de sa merveilleuse autobiographie, nous éclaire sur les lieux et décors de ses romans et c’est bien sûr ce que beaucoup attendaient, tant on ne se lasse pas de ce conteur magique,
digne héritier du père du Hussard. C’est au travers de l’histoire de sa famille qu’il nous parle d’un monde révolu, romantique, parfois tragique, dont il fait perdurer les souvenirs émouvant sans
la révélation desquels, le profane ne pourrait comprendre la dimension poétique d’une région à nulle autre pareille. Pierre Magnan est de ces auteurs rares, indispensables, qui loin de tout
battage médiatique, sont les véritables gardiens de la mémoire et dont le talent fait le bonheur de celui qui ouvre un de ses livres. 195 pages. 17 euros - Denoël.
J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
publié dans :
Chroniques littéraires
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ART SUD N° 51 - 4ème trimestre
2005
En 1905, la guerre économique fait rage entre les grandes puissances européennes qui tirent de leurs colonies respectives d’immenses ressources. L’Angleterre et
le Portugal s’affrontent notamment sur le marché du cacao et du café. Afin de porter un coup d’arrêt aux ventes de leurs rivaux, les Britanniques prétendent que les Angolais qui
travaillent dans les plantations de Sao Tomé et Principes, bien qu’ayant des contrats de travail, sont en fait des esclaves traités sans aucune humanité et ce malgré l’abolition de l’esclavage.
Ils menacent les Portugais de rompre leurs accords commerciaux. Le Roi Don Carlo nome un nouveau Gouverneur à Sao Tomé et Principes avec pour mission de convaincre les propriétaires de changer
leurs habitudes et d’améliorer le sort des Africains travaillant pour eux. Il choisit Luis Bernardo Valença, un brillant intellectuel licencié en droit. Il a un mois afin de préparer
l’arrivée du consul d’Angleterre qui doit constater si oui où non les ouvriers angolais sont traités dans le respect de leurs droits. Au carrefour de deux mondes, celui rétrograde des empires
coloniaux dont les bases commencent à vaciller et celui d’une modernité naissante où balbutient des valeurs d’humanisme et de justice, notre héros plongé dans un univers étranger, bien loin de sa
vie mondaine de Lisbonne, devra apprendre à composer entre les multiples conflits d’intérêts qui opposent les colons à la métropole et son désir de venir en aides aux noirs dont aucun des droits
n’est respecté. Ce roman est captivant, solidement encré dans une réalité historique dont l’auteur nous délivre la substance avec une précision et une abondance d’informations véritablement
incroyable. Miguel Souza Tavares nous délivre une fresque magistrale qui entraine le lecteur dans un monde exotique et tragique, au cœur également d’une belle histoire d’amour avec un talent
jamais démenti. C’est son premier roman… vivement le prochain !
Traduit du portugais par Geneviève Leibrich - 440 pages - 22 euros - Seuil. J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD N° 51 - 4ème trimestre 2005
En 1958, après avoir perdu sa mère, le jeune Ilias va vivre à Athènes, chez son père Héraclès et sa seconde épouse Vasso, tous deux au service d’une vieille femme
fortunée d’origine ottomane. Cette dernière prend peu à peu conscience des talents de prescience du garçon et se persuade qu’elle pourra, par son entremise, prendre contact avec son frère
assassiné dans de mystérieuses circonstances, après qu’il soit parti vivre en Turquie avec une belle chrétienne, qui avait abjuré sa religion par amour pour lui. Avec un verbe magique et
jubilatoire, véritable bouquet d’images et de senteurs, Yannis Xanthoulis fait rejaillir la gamme complète des émotions au travers des pages de son livre, comme jaillissent les fantômes sur les
traces d’Ilias, lorsque celui-ci se fait le messager des ombres du passé. Roman admirablement construit qui oscille entre évocations nostalgiques d’une époque révolue et modernité, où transparaît
toute la complexité des relations greco-turques ainsi que l’inéluctable révélation, qui force les protagonistes de cette histoire à affronter les renoncements et les mensonges sur lesquels se
sont construites leurs existences. Ce livre est une véritable réflexion sur la peur de l’inconnu, de l’étranger, sur les héritages qu’il faut assumer quoi qu’il en coûte, sur l’avenir aussi
dont seul le destin en définitive reste le maître. Tous ces éléments, l’auteur les mêlent en une histoire succulente, comme autant d’ingrédients indispensables pour que le plaisir de la lecture
laisse en nous et pour longtemps ses belles réminiscences.
Traduit du Grec par Florence Lozet - 380 pages - 23,50 euros - Actes Sud. J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD N° 51 - 4ème trimestre 2005
Ce livre est composé d’une multitude de petits textes, pour la plupart acides et cruels, affleurant à la surface rugueuse de souvenirs tragiques ou amusants, voir
comiques. ces brûlots incisifs qui savent aussi s’habiller de tendresse et de poésie, se succèdent en une sarabande anachronique. En effet, bien que datés, les textes ne respectent aucune
chronologie à l’images des évocations qui se bousculent dans l’esprit d’Anne, la narratrice, dont Paule Constant nous dit dans la préface de l’ouvrage, qu’elle est “paisiblement installée dans sa
maturité comme dans un déjeuner au soleil”. L’auteur tout au long de sa vie a accumulé ces minuscules histoires jusqu’à en former un essaim d’émotions qu’elle livre aujourd’hui au grand vent de
la liberté littéraire. Ces petites guêpes, hier enfermées sur des bouts de papier, s’en donnent à cœur joie, virevoltant en une sarabande effrénée entre douceur (douleur ?) romantique d’une
époque révolue et modernité. Elles piquent toujours avec justesse la curiosité du lecteur qui tourne les pages inlassablement, comme avide de nouvelles couleurs. La mort rôde souvent entre les
pages de ce livre, mais cela ne saurait faire oublier qu’il est avant tout, comme nous le confie l’auteur : “une voie qui passe, une minute de tendresse, un pleur qui donne envie de
pleurer, une vie, cette chose atroce et merveilleuse“.
195 pages - 16 euros - Transbordeurs. J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART
SUD N° 51 - 4ème trimestre 2005
C’est en apprenant l’existence d’un anthropologue, Buell Quain, qui s’est suicidé en 1939 alors qu’il effectuait un séjour d’étude chez les Indiens Kraho en Amazonie,
que Bernardo Carvalho a eu l’idée de ce roman. L’auteur nous délivre un livre d’une très grande qualité que ce soit par son style limpide ou la structure du récit qui mêle à sa propre expérience,
souvenirs, témoignage, faits et personnes réels, sans oublier bien sûr son talent d’invention. Il nous entraîne au cœur d’un pays, le Brésil, et d’une région, l’Amazonie, particulièrement propice
au développement d’une histoire aussi mystérieuse qu’originale. C’est là, que nous suivons le narrateur, sur les traces de Buell Quain. Ce qui le frappe en premier lieu c’est la diversité des
témoignages, les contradictions entre les versions officielles et les récits des personnes ayant côtoyé effectivement l’anthropologue et surtout la confusion entre les dates et la synchronicité
des événements. Lorsqu’une piste s’ouvre, elle se referme immédiatement car la véracité d’une information est aussitôt infirmée par de nouveaux témoignages. Buell Quain aurait-il contracté une
maladie qui l’aurait poussé au suicide? Le fait que sa femme l’ait trompé avec son frère aurait-il provoqué son geste ? Avait-il réellement une femme, car nul ne peut l’affirmer ? Était-il rentré
dans un état dépressif au contact des indigènes auprès desquels il s’est soudain retrouvé confronté à ses propres limites ? A-t-il était assassiné par les indiens où pour des raisons plus
“politiques” ? Autant de questions sans réponse pour l’auteur qui, soixante ans plus tard, devra patiemment démêler ce véritable écheveau, pour retrouver enfin le fil ténu qui le
conduira vers un dénouement inattendu. Ce beau roman nous parle aussi, avec émotions, de ces tribus amazoniennes, de leurs coutumes si particulières et de la disparition inéluctable de toutes ces
cultures (car chacune d’elle a sa propre culture) qui au contact de la civilisation sont peu à peu effacées d’un patrimoine dont aurait bien besoin une humanité qui tend à l’uniformité.
Traduit du Brésilien par Geneviève Leibrich - 186 pages - 17 euros - Métailié. J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD N° 51 - 4ème trimestre
2005
Parler de ce livre c’est d’abord évoquer la polémique qu’il fait naître par son ton volontiers carnassier, loin des compromissions auxquelles nous ont habitué les
très officiels “rebelles” accrédité par les médias. Dire que le politiquement correct n’a pas sa place ici, n’est donc qu’un doux euphémisme. Les deux amis se sont retrouvés au cœur d’un huis
clos, comme des combattants qui attendent la multitude adverse et qui, sachant leur cause désespérée, préfèrent mourir les armes à la main. Car c’est bien là tout l’intérêt de ce livre, une
véritable attaque en règle non seulement contre la cynique idéologie Anglo-saxonne, mais aussi une virulente critique à l’encontre de la soumission des Européens face au diktat des locataires de
la Maison Blanche. Salvatore Lombardo et Rudy Ricciotti poussent à l’extrême les moyens qu’il faudrait utiliser contre ces pitoyables cerbères, qu’ils soient de France où d’ailleurs, gardiens
d’une démocratie à sens unique, qui préparent en catimini un avenir aux relents nauséabonds. Les auteurs nous proposent une arme “d’éducation massive” : la culture ! Seul moyen pour lutter
contre tous les extrémismes ; la culture, celle que les gouvernements successifs se sont employés à dénaturer, sacrifiant volontairement l’éducation de nos enfants en transformant l’école en une
machine à uniformiser les esprits, afin de les faire rentrer dans le moule du matérialisme et de la soumission ; la culture trahie par quelques uns de ses acteurs, artistes adoubés par
“l’establishment”, poseurs bobo où rebelles apprivoisés qui ramassent les miettes du festin électoral et se vautrent dans leur suffisance. L’architecte Sudiste Rudy Ricciotti et le journaliste et
écrivain Salvatore Lombardo nous parlent d’un monde où la Méditerranée, berceau naturel d‘une fraternité en devenir, doit être le fer de lance d’une résistance face à l’empire, celui des
pseudo-arbitres du bon goût démocratique de Paris-sur-Seine ou des fauteurs de guerre de Londres et de Washington. Même s’il on peut regretter son côté jusqu’au “boutiste”, ou des remarques
trops triviales parfois, presques adolecentes, il traîne sur ce livre des relents de désespérance, un je-ne-sais-quoi de désenchanté. Les auteurs sont issus d’une génération à laquelle
l’histoire avait donné les clefs pour bâtir un monde en paix. Leurs jeunesses ont été rythmées par le chant lancinant des luttes, que ce soit celle de Martin Luther King, de Nelson Mandela, du
Che, héros romantique d’une révolution éternelle… sans parler de ce beau mois de mai 68, dont les intellos cathodiques voudraient nous faire croire qu’il fut salvateur, alors que bien des
artisans de ce mouvement, aujourd’hui font du gras, gorgés de privilèges, ceux-là même qu’ile dénonçaient aux heures brulantes des pavés. Salvatore Lombardo et Rudy Ricciotti sont du côté
du Général Aoun, et pleurent leurs amis Ahmed Shah Massoud, car ils savent bien que le rêve d’hier s’est métamorphosé en cauchemar. Rien n’est perdu cependant, mais pour changer le monde, des
chansons ne seront pas suffisantes, pas même des fleurs comme en 74 au Portugal. Il faudra prendre les armes, que ce soit la Kalachnikov ou le poignard Afghan, que ce soit dans des livres comme
celui-ci où sur les champs de bataille que nous réservent les tenants de l’enfer du profit maximum. Ce livre est un peu “dingue” certes, mais pas plus dingue que les schémas absurdes et
destructeurs sur lesquels nous bâtissons ce monde, que les générations se repassent depuis des lustres, chacune y rajoutant une couche un peu plus épaisse d’obscurantisme.
145 pages. 15 euros - Transbordeur. J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD N° 51 - 4ème Trimestre 2005
Abdelaziz Belkhodja à fait un rêve. Il l’a couché sur le papier en un roman de science fiction, ou plutôt de politique fiction, ou encore, qui sait, d’espoir fiction.
Un rêve étrange et beau bâti cependant sur un constat : Les Arabes auront eu entre leurs mains, au travers du pétrole, la plus grande fortune de l’histoire et l’auront dilapidé. L’auteur prend le
contre-pied de cette réalité et nous entraine dans une humanité où les cartes ont été redistribuées. Un monde où après la douzième guerre du golfe, les Républiques Arabes Unis et la République de
Carthage devenue la première puissance mondiale, doivent faire face à un occident en pleine déconfiture et à une Amérique, état fanatique et dictatorial, berceau du terrorisme
international, qui subit un embargo car elle refuse d’éliminer ses armes de destruction massive. Un monde où les beot-people sont Français et Italiens, où des milliers d’Européens, illettrés pour
la plupart, migrent vers l‘Afrique du nord afin de fuir la misère, où le Tchad apporte une aide économique à la Scandinavie, où la famine ravage la Suisse où l’Angleterre demande son adhésion au
Conseil Carthaginois, où un terroriste intégriste Allemand, Nadel, a provoqué une crise mondiale en détruisant tous les barrages du Tigre et de l’Euphrate… Un roman savoureux, d’un humour
irrésistible, d’une gravité indéniable qui nous renvoie sans concession à nos peurs et à notre indifférence coupable face aux maux dont souffrent nos frères humains aux quatre coins de cette
planète. L’auteur nous parle aussi du chômage, de l’emploi, de l’éducation, d’environnement… et nous propose ses solutions. Abdelaziz Belkhodja à fait un rêve, entre Atlantide et Carthage, devenu
ici symboles ultimes d’une quête effrénée de paix et de rédemption pour une humanité en souffrance.
165 pages - 16 euros - Transbordeurs. J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD N° 50 - 3ème trimestre 2005
L’auteur vénère Cervantès, ce qui est compréhensible vu l’immense place qu’occupe l’œuvre de ce dernier dans la littérature. Après avoir mis en scène l’écrivain
espagnol dans son livre “Le journal de la Duchesse“, Robin Chapman nous propose cette fois, rien de moins qu’une suite à “Don Quichotte”. Au travers de “L’âge d’Or de Sancho” il a voulu réaliser
le vœu du chevalier à la triste figure et de son écuyer qui évoquaient la possibilité de remplacer leur quête par un autre idéal : un retour à une existence pastorale afin de revivre l’âge d’or.
Habilement Robin Chapman s’est engouffré dans “l’ouverture” que lui offrait Cervantès dans les chapitre 67 et 73 de son roman. Bien sûr, l’auteur anglais n’a pas ressuscité Don Quichotte, il a
juste poursuivi le parcours de Sancho qui de fil en aiguille a fini par mettre en pratique l’idée qu’il avait eue avec le chevalier lors de leur retour chez eux. L’écuyer (rebaptisés Sanchino) et
son ami Nicolas (Niculoso) le barbier qui l’accompagne, ne sont ici que des faire-valoirs car les véritables héros du livre sont le cheval Rossinante et l’âne Rucio, qui racontent aux lecteurs
cette quête un peu loufoque et profitent de l’occasion pour régler quelques comptes avec leurs maîtres respectifs. Inversion des rôles donc, qui permet aux deux quadrupèdes de parsemer le récit
de Robin Chapman d’évocations qui rattachent son livre à l’œuvre de Cervantès. On peut adhérer où pas à pareille démarche, car il faut un sacré talent pour s’aventurer sinon dans les traces du
moins au côté d’un tel géant de la littérature. Du talent, le scénariste et dramaturge anglais n’en manque pas, il n’y a qu’à lire son livre, mais justement… pourquoi utiliser ces personnages
éternels et les lancer dans des aventures sommes toutes banales, que leur créateur n’a jamais voulu pour eux ? Ceci n’est qu’une question et non une attaque car “L’âge d’or de Sancho” n’en mérite
pas, pas plus qu’il ne mérite de louanges particulières d’ailleurs.
Traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf - 310 pages - 23 euros - Actes-Sud. J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD
N° 50 - 3ème trimestre 2005
Écrivain, critique et scénariste, Antonio Benitez-Rojo est considéré comme l’un des plus grands auteurs cubains contemporains. Il s’est éteint le 5 janvier 2005 et
laisse derrière lui une œuvre imposante. “Femme en costume de bataille” est le premier de ses romans à paraître en France. Les Éditions “Le cherche Midi” ne se sont pas trompées dans leur
choix, tant cet ouvrage haut en couleurs renferme tous les ingrédients pour entraîner le lecteur dans un tourbillon d’aventures tragiques et picaresques, qui de la Havane aux quatre coins d’une
Europe en guerre, nous retrace l’histoire extraordinaire et véridique d’Henriette Faber. En suivant son oncle chirurgien, sur les champs de Bataille Napoléonien, elle rencontrera l’amour et
surtout partagera une amitié indéfectible avec Maryse, directrice d’un théâtre ambulant. Bravant les dangers et les interdits qui alors empêchaient les femmes de sortir de leur condition,
Henriette usera de tous les stratagèmes pour accomplir pleinement sa destiné. Travestie en homme, elle apprendra la médecine, discipline interdite aux femmes et rejoindra l’armée de l’Empereur en
route pour la Russie, devenant la seule femme chirurgien de la Grande Armée. De la lumière féerique du petit théâtre ambulant de Maryse aux salles de dissections de l’école de médecine, des
champs de bataille aux alcôves où l’amour se transcende, des geôles sordides au soleil de La Havane, le récit est semblable à un carrousel de couleurs que fait tourner toujours plus vite le
souffle enivrant de l’aventure. L’auteur nous offre une fresque jubilatoire qui fusionne habilement réalité et fiction. À lire à l’ombre des canisses, aux heures chaudes de l’été, afin de
redécouvrir, s’il en était besoin, qu’il y a des livres indispensables qui ouvrent des portes sur la façade du quotidien et nous invitent plus que d’autres au bonheur.
Traduit de l’espagnol (Cuba) par Anne Proenza -510 pages - 22 euros - Le Cherche Midi. J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
publié dans :
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