Dimanche 14 octobre 2007
Kaleidoscopio.jpgART SUD n° 49 / 2ème trimestre 2005

Depuis qu'il est rentré à Palma de Majorque après avoir survécu à la défaite d'Anoual (1921), le capitaine Augustiin Claver n'aspire plus qu'à étoffer ses connaissances. Physique, philosophie, études de langues et de religions, procédé de fabrication divers, tout l'intéresse. La disparité de ses pôles d'intérêt lui permet d'oublier quelque peu sont écœurement face aux massacres perpétrés par l'armée espagnole dans le riff marocain. Il partage son temps entre ses livres, son service à la caserne et à la librairie de Battle qui lui fournit objets scientifiques et ouvrages rare. Son ami Santiago Despuig, restyé au Maroc, lui envoie de longues lettres qui le tienne informé de l'enlisement de l'armée de Rivero de Primera. Berçé par la douceur d'un quotidien bien réglé, influencé par le libraire, Augustin se laisse peu à peu gagner par les idées anarchstes que conforteront ses lectures de Kropotkine et Bakounine. Il est contacté par une cellule terroriste, Kaleidoscopio, à laquelle il adhère sans hésiter. Aveuglé par son idéalisme, sa soif de justice, poussé par le belle Catalina Dupont, Augustin s'apercevra que la cause qu'il pensait défendre n'est en réalité qu'un leurre et que l'on a guidé chacun de ses actes comme on déplace un pion sur un échiquier. Une histoire bien menée, même si la toile de fond historique (guerre au Maroc) et que le contexte politique de l'époque ne sont jamais vraiment approfondis, au contraire des états d'âme d'un héros suffisamment courageux pour aller au bout de son combat, mais incroyablement naïf pour ne pas percevoir que derrière des idéaux utopiques se cachent toujours la lacheté et la folie des hommes.
Traduit de l'Espagnol par Isabelle Gugnon. Seuil, 284 pages, 19 euros - J.C. D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
Le-d--part.jpgART SUD n° 49 / 2ème trimestre 2005

Histoire autobiographique d’une longue initiation qui le conduira à devenir un homme de lettre, le récit de Nimrod nous attire sur les traces d’un enfant du Tchad. Un traqueur d’horizon, habité par un désir, commun à tous les gosses, la compréhension de cet univers parallèle qui frotte son flanc rugueux à celui de l’enfance… l’univers des adultes. Otage consentant d’une quête éperdue, il analyse avec lucidité, mais surtout avec toute la poésie d’un gamin de huit ans, les éléments éparses qui,  à l’adolescence,  le conduiront dans le monde du savoir et feront de lui un homme de lettres. Les déménagements, changement de quartier, de ville, de pays, la mort d’une sœur, la souffrance d’un amour trop faible pour résister aux cruelles réalités d’une nation qui bascule dans la guerre civile (Émeutes de Ndjaména), comme la complicité qui le lie a ses copains et à sa petite sœur, autant de joie et d’épreuves qui le conduiront vers la liberté et l’autonomie. Il quitte son territoire, à la recherche de son père absent. Il sera un exilé… mais le pire des exils n’est-il pas de laisser son enfance derrière soit avec ce goût d’inachevé qui gouverne toute chose ?
102 pages - 12 euros - Actes Sud.  J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
Le-r--ve-de-Balthus.jpgART SUD n° 49 / 2ème trimestre 2005

Léa, médium mais amnésique, fait un songe récurrent. Elle rêve du tableau de Balthus “Le rêve II”. De mystérieux personnages rentrent en contact avec elle. Ils composent une confrérie qui veut percer le secret de l’immortalité. Ce secret serait dissimulé dans les différents tableaux dont Léa rêve (un par an) et sur lesquels figurent une jeune fille qui, en comparant les toiles, est toujours la même… quand on sait que les tableaux sont de Caravage, Fragonard, Vermeer, Ingres, Titien, Watteau, Moreau et Balthus, il y a de quoi en effet se poser des questions. Nathalie Rheims parsème son roman d’informations véritablement intéressantes sur les peintres, écrivains et autres artistes cités dans son ouvrage et parvient à créer entre eux des connexions judicieuses mais cela suffit-il ? Réunions secrètes, talismans divers, comptines prophétiques, prières ferventes, formules pseudo-religieuses, anges, démons, rituels (entre autres l’absorption de dragées, les fameux hosties de Satan qui permettent de voir l’invisible), sans oublier le moine encapuchonné qui à fait vœux de silence mais l’a sans doute oublié et évidemment l’indispensable pacte avec le Malin, voilà la liste non exhaustive que le lecteur ébahi peut découvrir en tournant les pages de cet ouvrage. Le scénario s’annonçait alléchant, dommage, même si la fin remet un peu d’ordre dans cet inventaire hétéroclite de folklore satanique.
160 pages. 13 euros - Fayard - Léo Scheer.  J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
Borges.jpgART SUD n° 49 / 2ème trimestre 2005

JACOBO BORGES Entretien avec SALVATORE LOMBARDO

Leçon d’humilité venant d’un artiste immense, voilà le raccourci qui immédiatement vient à l’esprit à la lecture de ce livre. Jacobo Borges et Salvatore Lombardo se sont rencontrés en 1988 à Venise lors d’une Biennale mémorable. Dès lors, sans jamais rompre le fil d’une amitié sincère, les deux hommes n’auront de cesse que de poursuivre leurs parcours artistiques et militants, s’octroyant des pauses, au travers de rencontres dont le journaliste nous livre ici la quintessence. Éternel révolutionnaire, témoin mais avant tout acteur de son temps, Jacobo Borges délivre un message en forme de mise en garde bienveillante :  “Nous vivons dans un monde surréaliste où chacun croit avoir le temps et remet ainsi à «domanial» les actes essentiels qui seuls transformeront sa vie en existence”. Salvatore Lombardo nous raconte l’artiste et ses motivations, l’aura “messianique” d’un homme devenu l’idole des foules de Caracas, Don Quichotte romantique et baroque armé de son désir de liberté, loin des compromissions d’artistes “étatisés“, Jacobo Borges met sont art au service des plus pauvres, victimes, comme lui durant son enfance, de l’oligarchie pro-américaine. Borges est le chantre de la révolution éternelle, compagnon de Che Guevara puis de Chavez il sait toute la force de cette dernière : “La révolution est un concept porteur de valeurs simples. Pas une philosophie guerrière”. Il sait aussi que nous avons en nous la solution et que les artistes doivent être en première ligne :  “Art et engagement sont indissociables, l’histoire l’a prouvé”. Entretien à fleur de vie, affleurant la source claire de la poésie, de la rébellion et de l’amour… émouvant et superbe.
100 pages. 18 euros - Transbordeur.  J.C.-D.R
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
Bowling----Bagdad.jpgART SUD n° 49 / 2ème trimestre 2005

Dans “Bowling à Bagdad” en hommage à Michael Moore, l’auteur fait un rêve, qu’il décline en sept parties (comme les sept jours nécessaires à la création du monde). Il a pris le partie de l’enfance, celle d’Irak, de Palestine, d’Afganistan mais aussi des Etats unis, comme un beau message de tolérance et d’amour, avant que la barbarie des hommes ne devienne irréversible. Emouvant plaidoyer en faveur non seulement de la paix mais d’un pays, l’Irak, dont l’origine remonte aux Assyriens. Son récit d’une très grande poésie, d’une profondeur historique captivante, nous plonge au cœur d’une actualité dramatique et lève le voile ansanglanté que la plupart des médias dépose avec complaisance sur un peuple que l’on nous présentent comme fanatique mais dont les hommes et les femmes qui le composent sont en fait, pour la plupart,  les dépositaires d’une tradition ancestrale de tolérance, et d’érudition, n’aspirant qu’à la paix. Pauvres enfants d’Irak qui après une dictature sans nom, un ambargo inique sont aujourd’hui laminés par une guerre barbare et injuste, eux qui par la plume de l’auteur, prédisaient après les attentat du 11 septembre : “nous vous disons à vous enfants des État-Unis : nous ne sommes pas Oussama Ben Laden, ni les bourreaux des deux tours, ni le Mal du siècle, ni l’obscurantisme du Mollah Omar, ni la barbarie talibane. Nous souffrons d’une dictature qui était la protégée des État-Unis, cet État en proie à la folie du crime conscient et prémédité. Nous qui avons compati à la tragédie subie par New-York serons les victimes de l’hécatombe que vont perpétrer les État-Unis en Irak”. Tout est là. Nasri Sayegh à fait un rêve, comme avant lui, Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela, Ernesto Che Guevara, Ahmed Shah Massoud… Il est bien placé pour se faire le porte parole de ces enfants sacrifiés au nom du pétrole tout puissant, Nasri Sayegh est Libanais, un pays qui, lui aussi, a payé un lourd tribut à la folie des puissants de ce monde… un livre indispensable.
Traduit  de l’arabe par Diah Saba Jazzar 180 pages - 16 euros - Fayard.  J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
Le-soleil-des-scortaCMJN.jpgART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005

Un jour de 1870, Luciano Mascalzone revient dans son village des Pouilles après 15 ans de prison, afin d’assouvir le désir qui l’a tenaillé durant toutes ces années de réclusion : posséder la très belle Philoména Biscotti. Il se trompe et abuse de la sœur de cette dernière. Elle mourra en donnant naissance à un fils qui portera le nom de son père et des pêcheurs qui l’ont recueilli : Rocco Mascalzone-Scorta.
Il sera le premier de la lignée des Scorta dont Laurent Gaudé nous raconte l’histoire avec talent. Ainsi dans le décor hallucinant d’une région parmi les plus pauvres d’Italie, le lecteur accompagne quatre générations de Scorta qui tous subissent la malédiction d’un destin défavorable mais dont ils parviennent malgré tout à surmonter les vicissitudes. Par leur travail, leurs débrouillardises ou méfaits pour certains, ils parviennent à se faire une place au soleil, mais pour eux rien n’est simple. Victimes d’un atavisme néfaste, ils cultivent leurs drames comme d’autre les légumes et bien plus que tous, il y a en eux une résignation au malheur qui, malgré leur orgueil et cette violence que l’ont sent affleurer au travers de leurs aspirations de réussite, les rends attachants. C’est une histoire lente, comme le sont les journées écrasées de soleil, qui servent de toile de fond à ce carrousel d’émotions et de descriptions parfois caricaturales. Une “saga”  nimbée de drames et d’éblouissements, dans la rudesse d’un monde révolu où religion et paganisme s’affrontent en un savoureux spectacle, même si les acteurs de cette histoire semblent tous soumis à l’uniformité tragique d’une malédiction qui n’existe que dans leurs têtes.
247 pages - 19 euros - Actes Sud.  J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
le-nez-sur-la-vitre-CMJN.jpgART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005

Abdelkader Djemaï nous convie à suivre les traces d’un homme qui, sans nouvelles de son fils, décide de partir à sa rencontre. Pour ce faire, il prend l’autocar et le trajet se transforme en une longue pose où il peut à loisir dénouer l’écheveau de ses souvenirs. Il cré un parallèle avec le premier voyage qu’il fit avec son père en  Algérie, alors livrée à la guerre, l’humiliation et la pauvreté. De son village natal, à son adolescence si dure, de son mariage avec une cousine (choisie par sa mère) à l’incompréhension qui s’est peu à peu dressée, comme un mur infranchissable, entre son enfant et lui, c’est une introspection clairvoyante et pudique à laquelle nous invite l’auteur. Il met à nu devant le lecteur toute la grandeur de cet être, qui malgré des années de luttes contre la pauvreté, l’exil en France où son illettrisme le voue à un travail mal rémunérer, le poids de traditions devenues obsolètes (notamment pour son fils) essaie de comprendre  les raison qui l’ont conduit à une pareille situation. Un roman incisif, même s’il commence par vous bercer de descriptions savoureuses, d’anecdotes émouvantes ou drôles, qui fait que ce père désemparé devient soudain votre ami (surtout lorsque l’on est père sois-même), qui vous rassure aussi avant de vous asséner sans prévenir le bouleversant dénouement de ce voyage, car le destin n’a que faire de nos rêves… même les plus humbles.
79 pages - 10 euros - Seuil.  J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
Le-contraire-de-un-copie-1.jpgART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005

Au travers des nouvelles qui composent le livre de Erri De Lucas, on sent transparaître, dès les premières lignes, toutes la solitude des hommes, mais aussi cette évidence : on ne vit que par l’autre. Bien sur chacun de nous est seul, même au cœur de la foule, mais il y a toujours un lien qui nous unit à quelqu’un, une mère, un amour, un passant, un ennemi… et notre vie prend l’allure d’une cordée où chacun dépend de l’autre. Ces nouvelles sont des histoires d’alliances passagères, de rencontres, d’affrontements. Erri de lucas nous parle de lui, de son engagement politique, de sa participation à l’aide humanitaire en Afrique, de son amour immense de la montagne et de l’alpinisme en particulier, mais il nous parle avant tout de nous. C’est un ouvrier des mots qui ne cherche pas à nous dicter notre conduite mais au contraire prend le temps de nous aimer… phrases lentes toutes empreintes de poésies, de colères à peine retenues, phrases incisives qui nous renvoient notre image lorsque l’on se penche sur la froideur de leurs cris. Il ne s’agit pas là de littérature non, les arabesques épiques et les envolées romanesques n’ont pas cour dans cette écriture “brut de décoffrage“ qui ressemble à la vie, qui nous rend si humble enfin… Ce livre est sortie au début de l’année mais nous avions omis d’en parler dans cette rubrique, voilà un oubli réparé, et ce n’est que justice. Il n’est jamais trop tard pour inciter ses amis aux plaisirs de découvrir, au travers de ces nouvelles, que le contraire de un est un double, qui, à notre image, cherche en l’autre son propre reflet.
Traduit de l’italien par Danièle Valin. 137 pages - 14,50 euros - Gallimard.  J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
Tristano-meurt-CMJN.jpgART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005

Dans une maison de Toscane, en pleine campagne, Tristano meurt en même temps que le siècle. Ce nom n’est pas vraiment le sien, il l’a adopté durant la guerre où il a lutté héroïquement contre les nazis. A son chevet, un homme qui autrefois a écrit un livre sur lui, l’écoute raconter sa vie et notamment rectifier les erreurs ou  omissions que son ouvrage comporte. Les jours se succèdent dans la lourdeur d’un mois d’août où la chaleur enserre de son souffle brûlant les protagonistes de ce huis clos, que vient parfois interrompre Frau, la compagne de Tristano qui le soigne et lui lit des poèmes tous les dimanches. Entre sommeil, crises d’euphorie ou mélancoliques évocations, le mourant délivre un interminable monologue où se mêlent instants de lucidité, analyses de faits politiques ou historiques (le démontage des marbres du Parthénon par les anglais entre autres),  discours professorals (sur les céphalées notamment) et délire absolue. Il faut dire que Frau lui administre de fortes doses de morphine pour lutter contre la douleur qui habite son corps rongé par la gengraine, ce qui évidemment n’arrange pas les choses. L’écrivain, ravalé au rang de faire valoir, n’est plus qu’un des composants de l’incroyable capharnaüm où gravite le récit de Tristano : contradictions, redites, mensonges, doutes, regrets… l’inventaire hétéroclite d’une vie riche en péripéties de toutes sortes, dont on a du mal à suivre le fil tant le one-man show, si je puis dire, du narrateur semble déstructuré (ce qui, rendons justice à l’auteur, est réaliste vu le triste état du vieil homme). Antonio Tabucchi est un écrivain reconnu et professeur à l’Université de Sienne, son talent ne saurait être mis en doute ne serais-ce qu’un instant, mais je dois dire que je suis sorti de son livre abasourdi et soulagé… Tristano meurt… Tritano est mort… promis.
Traduit de l’italien par Bernard Comment. 204 pages - 16,90 euros - Gallimard.  J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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Dimanche 14 octobre 2007
La-nuit-des-calligraph.jpgART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005

Rikkat Kunt, adolescente en 1923, choisie de devenir calligraphe, la même année Atatürk essaie d’abolir la langue et l’écriture arabe afin de faire rentrer la Turquie dans la laïcité. Alors que la plupart des jeunes fuient ce métier, elle s’y consacre de toute sa foi, côtoyant les plus grands maîtres de son temps. “Ces vieillards érudits habités par la parole de Dieu” sont déconcertés par l’assiduité de cette assistante dont ils pressentent le talent immense. Ainsi d’apprenti, elle finira professeur reconnu et admiré. Cependant sa vie privée est semblable à une litanie de soumissions (à ses deux maris entre autre) et de renoncements. Rikkat qui est prête à renverser des montagnes afin d’exercer son art, est d’une passivité déconcertante face, par exemple, à son deuxième époux qui la tyrannise et lui enlève son fils. Elle ne sera heureuse que dans l’intimité de son atelier en compagnie du fantôme de son maître, Selim, qui, à sa mort, lui a légué son matériel, ses encres et son Coran, véritable adoubement qui a fait d’elle une Calligraphe à part entière. Bien plus que la vie de Rikkat Kunt, c’est l’évocation, au travers de son parcours, de cet art ancestral qu’est la calligraphie qui fait tout l’intérêt de ce livre. Yasmine Ghata nous dévoile les arcanes d’un art exigeant, un véritable sacerdoce pour les artistes qui le pratiquent. Le calligraphe est dépositaire d’un savoir faire séculaire : préparation des encres, fabrication des outils, traitement des supports, rituels immuables qui ne se transmettent que de maître à élève. Serviteur d’Allah et des sultans, c’est lui qui recopie les sourates, les enlumine afin d’exacerber toute la beauté des textes sacrés, c’est pourquoi sont rôle est primordial dans la culture musulmane. Un livre en forme d’initiation, un récit posthume, inspiré par la vie de la grand-mère de l’auteur, qui nous laisse de nostalgiques images d’une Turquie en pleine mutation.
180 pages - 15 euros - Fayard. J.C. D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco publié dans : Chroniques littéraires
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