ART SUD n° 49 / 2ème trimestre 2005
Léa, médium mais amnésique, fait un songe récurrent. Elle rêve du tableau de Balthus “Le rêve II”. De mystérieux personnages rentrent en contact avec elle. Ils composent une confrérie qui veut
percer le secret de l’immortalité. Ce secret serait dissimulé dans les différents tableaux dont Léa rêve (un par an) et sur lesquels figurent une jeune fille qui, en comparant les toiles, est
toujours la même… quand on sait que les tableaux sont de Caravage, Fragonard, Vermeer, Ingres, Titien, Watteau, Moreau et Balthus, il y a de quoi en effet se poser des questions. Nathalie Rheims
parsème son roman d’informations véritablement intéressantes sur les peintres, écrivains et autres artistes cités dans son ouvrage et parvient à créer entre eux des connexions judicieuses mais
cela suffit-il ? Réunions secrètes, talismans divers, comptines prophétiques, prières ferventes, formules pseudo-religieuses, anges, démons, rituels (entre autres l’absorption de dragées, les
fameux hosties de Satan qui permettent de voir l’invisible), sans oublier le moine encapuchonné qui à fait vœux de silence mais l’a sans doute oublié et évidemment l’indispensable pacte avec le
Malin, voilà la liste non exhaustive que le lecteur ébahi peut découvrir en tournant les pages de cet ouvrage. Le scénario s’annonçait alléchant, dommage, même si la fin remet un peu d’ordre dans
cet inventaire hétéroclite de folklore satanique.
160 pages. 13 euros - Fayard - Léo Scheer. J.C.-D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
publié dans :
Chroniques littéraires
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ART SUD n° 49 / 2ème trimestre
2005
Dans “Bowling à Bagdad” en hommage à Michael Moore, l’auteur fait un rêve, qu’il décline en sept parties (comme les sept jours nécessaires à la création du monde). Il
a pris le partie de l’enfance, celle d’Irak, de Palestine, d’Afganistan mais aussi des Etats unis, comme un beau message de tolérance et d’amour, avant que la barbarie des hommes ne devienne
irréversible. Emouvant plaidoyer en faveur non seulement de la paix mais d’un pays, l’Irak, dont l’origine remonte aux Assyriens. Son récit d’une très grande poésie, d’une profondeur historique
captivante, nous plonge au cœur d’une actualité dramatique et lève le voile ansanglanté que la plupart des médias dépose avec complaisance sur un peuple que l’on nous présentent comme fanatique
mais dont les hommes et les femmes qui le composent sont en fait, pour la plupart, les dépositaires d’une tradition ancestrale de tolérance, et d’érudition, n’aspirant qu’à la paix. Pauvres
enfants d’Irak qui après une dictature sans nom, un ambargo inique sont aujourd’hui laminés par une guerre barbare et injuste, eux qui par la plume de l’auteur, prédisaient après les attentat du
11 septembre : “nous vous disons à vous enfants des État-Unis : nous ne sommes pas Oussama Ben Laden, ni les bourreaux des deux tours, ni le Mal du siècle, ni l’obscurantisme du Mollah Omar, ni
la barbarie talibane. Nous souffrons d’une dictature qui était la protégée des État-Unis, cet État en proie à la folie du crime conscient et prémédité. Nous qui avons compati à la tragédie subie
par New-York serons les victimes de l’hécatombe que vont perpétrer les État-Unis en Irak”. Tout est là. Nasri Sayegh à fait un rêve, comme avant lui, Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Nelson
Mandela, Ernesto Che Guevara, Ahmed Shah Massoud… Il est bien placé pour se faire le porte parole de ces enfants sacrifiés au nom du pétrole tout puissant, Nasri Sayegh est Libanais, un pays qui,
lui aussi, a payé un lourd tribut à la folie des puissants de ce monde… un livre indispensable.
Traduit de l’arabe par Diah Saba Jazzar 180 pages - 16 euros - Fayard. J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005
Abdelkader Djemaï nous convie à suivre les traces d’un homme qui, sans nouvelles de son fils, décide de partir à sa rencontre. Pour ce faire, il prend l’autocar et le trajet se transforme en une
longue pose où il peut à loisir dénouer l’écheveau de ses souvenirs. Il cré un parallèle avec le premier voyage qu’il fit avec son père en Algérie, alors livrée à la guerre, l’humiliation
et la pauvreté. De son village natal, à son adolescence si dure, de son mariage avec une cousine (choisie par sa mère) à l’incompréhension qui s’est peu à peu dressée, comme un mur
infranchissable, entre son enfant et lui, c’est une introspection clairvoyante et pudique à laquelle nous invite l’auteur. Il met à nu devant le lecteur toute la grandeur de cet être, qui malgré
des années de luttes contre la pauvreté, l’exil en France où son illettrisme le voue à un travail mal rémunérer, le poids de traditions devenues obsolètes (notamment pour son fils) essaie de
comprendre les raison qui l’ont conduit à une pareille situation. Un roman incisif, même s’il commence par vous bercer de descriptions savoureuses, d’anecdotes émouvantes ou drôles, qui
fait que ce père désemparé devient soudain votre ami (surtout lorsque l’on est père sois-même), qui vous rassure aussi avant de vous asséner sans prévenir le bouleversant dénouement de ce voyage,
car le destin n’a que faire de nos rêves… même les plus humbles.
79 pages - 10 euros - Seuil. J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005
Au travers des nouvelles qui composent le livre de Erri De Lucas, on sent transparaître, dès les premières lignes, toutes la solitude des hommes, mais aussi cette évidence : on ne vit que par
l’autre. Bien sur chacun de nous est seul, même au cœur de la foule, mais il y a toujours un lien qui nous unit à quelqu’un, une mère, un amour, un passant, un ennemi… et notre vie prend l’allure
d’une cordée où chacun dépend de l’autre. Ces nouvelles sont des histoires d’alliances passagères, de rencontres, d’affrontements. Erri de lucas nous parle de lui, de son engagement politique, de
sa participation à l’aide humanitaire en Afrique, de son amour immense de la montagne et de l’alpinisme en particulier, mais il nous parle avant tout de nous. C’est un ouvrier des mots qui ne
cherche pas à nous dicter notre conduite mais au contraire prend le temps de nous aimer… phrases lentes toutes empreintes de poésies, de colères à peine retenues, phrases incisives qui nous
renvoient notre image lorsque l’on se penche sur la froideur de leurs cris. Il ne s’agit pas là de littérature non, les arabesques épiques et les envolées romanesques n’ont pas cour dans cette
écriture “brut de décoffrage“ qui ressemble à la vie, qui nous rend si humble enfin… Ce livre est sortie au début de l’année mais nous avions omis d’en parler dans cette rubrique, voilà un oubli
réparé, et ce n’est que justice. Il n’est jamais trop tard pour inciter ses amis aux plaisirs de découvrir, au travers de ces nouvelles, que le contraire de un est un double, qui, à notre image,
cherche en l’autre son propre reflet.
Traduit de l’italien par Danièle Valin. 137 pages - 14,50 euros - Gallimard. J.C.D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
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ART SUD n° 48 / 1er trimestre 2005
Rikkat Kunt, adolescente en 1923, choisie de devenir calligraphe, la même année Atatürk essaie d’abolir la langue et l’écriture arabe afin de faire rentrer la Turquie
dans la laïcité. Alors que la plupart des jeunes fuient ce métier, elle s’y consacre de toute sa foi, côtoyant les plus grands maîtres de son temps. “Ces vieillards érudits habités par la parole
de Dieu” sont déconcertés par l’assiduité de cette assistante dont ils pressentent le talent immense. Ainsi d’apprenti, elle finira professeur reconnu et admiré. Cependant sa vie privée est
semblable à une litanie de soumissions (à ses deux maris entre autre) et de renoncements. Rikkat qui est prête à renverser des montagnes afin d’exercer son art, est d’une passivité déconcertante
face, par exemple, à son deuxième époux qui la tyrannise et lui enlève son fils. Elle ne sera heureuse que dans l’intimité de son atelier en compagnie du fantôme de son maître, Selim, qui, à sa
mort, lui a légué son matériel, ses encres et son Coran, véritable adoubement qui a fait d’elle une Calligraphe à part entière. Bien plus que la vie de Rikkat Kunt, c’est l’évocation, au travers
de son parcours, de cet art ancestral qu’est la calligraphie qui fait tout l’intérêt de ce livre. Yasmine Ghata nous dévoile les arcanes d’un art exigeant, un véritable sacerdoce pour les
artistes qui le pratiquent. Le calligraphe est dépositaire d’un savoir faire séculaire : préparation des encres, fabrication des outils, traitement des supports, rituels immuables qui ne se
transmettent que de maître à élève. Serviteur d’Allah et des sultans, c’est lui qui recopie les sourates, les enlumine afin d’exacerber toute la beauté des textes sacrés, c’est pourquoi sont rôle
est primordial dans la culture musulmane. Un livre en forme d’initiation, un récit posthume, inspiré par la vie de la grand-mère de l’auteur, qui nous laisse de nostalgiques images d’une Turquie
en pleine mutation.
180 pages - 15 euros - Fayard. J.C. D.R.
par Jean-Claude Di Ruocco
publié dans :
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